Le projet Septentria naît d'une rencontre entre la poésie de Jean-Philippe GONOT et l'univers pictural de Silvère CARLIER.

L'idée finale est de réaliser un objet regroupant au sein d'un même livre : textes, peintures et bande sonore de lecture et mises en musique des textes.
Plusieurs musiciens travaillent déjà sur "l'objet sonore" dont la réalisation revient bien évidemment à Laurent SASSI dit Jojo, l'ancien batteur du groupe DEAL, aujourd'hui régisseur son dans le Sud Ouest de la France.

Vous trouverez, sur cette page, quelques extraits de ce recueil de poêmes...

 

 

Ombres

Le sang en ravage et le rêve écrasé par le pavot fleuré d'esprits,
J'écoute chanceler les rages désordonnées aux portes des démences libertines ;
Chaude poésie à l'ondulent fleuve des étreintes.
Dehors l'herbe noire et lourde rampe, La poussière titube aux chevilles des puanteurs ;
La rue. Maintenant quelques lépreux pourrissent avec la nuit,
Et le mendiant pleure dans sa prière.
Des cortèges de rats sifflent et chantent l'Amour aux fenêtres obscures et closes ;
Romantisme satanique.
Cantique à l'angle des cités, me parvient le chant des naufragés.
Ne faudrait-il point rentrer ?
Entrer ?
Le sourire aigu des ombres clandestines se frotte aux murs hypnotiques.
Je marche et la nuit me perd. Manoirs aux bordels des églises.
Plaisirs de l'alcôve pour ces quatre couventines dégourdies,
Donnons les fièvres à ces corps blancs et laissons frémir ;
Ah ! le ciel n'était pas sil loin.
Mes pas seuls,
Au plus noir de mon œil aveugle surgit enfin l'architecture cachée des mondes.

G8

Derrière l'ombre.
Invisibles miradors.
La vie s'étale et ignore.
Que derrière,
Derrière l'ombre plane le spectre.
Virtuel et mobile château des décisions.
S'ouvrent les dossiers barbelés des possibles libertés.
Camisole des peuples aux futurs interdits.
Capitale changeante de la douleur aux capitaux de la grande heure.
Répartition des richesses venues déborder
Le portefeuille trop plein de ces seulement quelques-uns.
Derrière l'ombre.
Invisibles miradors.
La vie s'étale et ignore.

Noyades

Place aux paillardises infâmes !
Fouettez les nones noyées d'absinthe
Couchez femelles aux herbes folles
Et puis liqueurs et puis fumoirs
Chante l'oiseau revient l'Indien
Nappes orgiaques et peaux d'orgasmes
Danses, danses, danses
Ethyliques violons au sang des vierges et des démons
Catins enfin au bal félin nous montrent le chemin
Celui des cieux, celui des ventres et de ton sein
Catins enfin !
Mais où étions nous tous ces matins ?
Sur les routes aveugles et les forcés destins,
Sous l'Eglise et les lois à la main propre des gens bien,
Jusqu'à mourir l'animal intestin ?
Place !
A l'incestueux carnages des folles et malandrins
S'ouvrent les ciels orphelins.

Les drapeaux noirs

Je suis les restes d'un monde qui tantôt naîtra.
Chaque nuit de mauvais rêve nous ramène
- Cataclysme lépreux -
Aux soirs sans fin traversés par la foudre.
A genoux.
Des jours noirs pesant dangereusement sur des silences dilatés.
Des femmes. Des femmes folles. Des rêves
Toute marche irrésistible et mystérieuse vers un destin ;
La Peur.
Sur les flots crachés par la nuit, les chansons saignent et glissent à la peau pâle du fleuve gémissant.
Les morts s'habillent. Tranquilles.
La révolte brille en leurs yeux de pluie.
Là-haut, les autres n'entendent pas les forces.
Solitude stellaire.
Des femmes. Des femmes folles qui se perdent aux danses disparues d'une mélodie spectrale.
Nos rêves se déchirent aux astres de l'espoir.
S'ouvrent. Perdent leur sang. Se perdent aux vents oubliés et à venir venin.
Les drapeaux noirs attendent au bas des chemins que leurs fraieront les colères du ciel.
Odeurs d'ailleurs, paradis d'épines et de morsures.

Rouge

Lanterne rouge à l'épaule des auberges
Œil perdu au noir des galaxies
Les ciels regardent.
Ô déesses saignantes, courtisanes aux plaintes sépulcrales
Putains des mille ports
Vos ventres sont l'Eglise
Là viennent, à la violace des nuits détruites, se taire les douleurs de la ville.
Je suis l'enfant perdu
L'ombre clandestine crachée des rues
Ouvrez !
S'enfonce la tiédeur morte, elle brûle au sexe sanglot.
Le feutre des salons froisse les capiteux parfums d'Orient et de plus loin
Félines caresses à la couleur des étoiles sœurs
Y-a-t-il un cœur ?
Ouvrez !
Ouvrir les portes des lointains et des noces féroces
Qui dansent sans pâlir à la mouillure des ailleurs immenses et clos
Orgie des sens et fièvres animales se lèchent aux vents charnels des firmaments
Voyage à l'opium fouetté des océans
Etreintes délicieuses, j'entends vos sons venus des lointains,
J'entends vos voix échappées des planètes secrètes
Femelles-fées et magies des mondes,

Le siècle

Aux faisceaux bleus des nuits de métal
Le siècle.
On ne les voit pas mais eux nous regardent ;
Princes du nouvel âge.
Le passé est une maladie.
Où étiez-vous ?
Les clochers baignent au sang des crépuscules.
Forêts de machines et cadences des lumières plombs.
Peste mercantile au matin mutisme.
Le siècle.

Mille vierges

Mille vierges en partance
Egarées
Sur l'épineux sentier
Mille vierges à se demander ;
Une vie ?
Jeanne et les autres
Les sœurs d'ailleurs et d'en bas
Mettre bas Bat le maître
Une vie ;
Rêves de sable et douleur
Messes des freins
Prêche ;
Mort de l'orgasme et de la caresse aux seins
Sourire scellé à l'encolure du chaudron des passions
Sexe prison aux serrures des nations.

Race humaine

La race humaine rampe.
Errance au feu de soleils de plus en plus lointains
Lumières nouvelles ?
Non !
Ombres et reflets.
Fleuve noir à l'insulte du Calcul
Présences et fantômes poussés au ravin camisole
Par l'obsolète absolutisme de l'idée claire et distincte
Velours de l'inconnu changé en fer,
Blancheur des limbes monnayés
Libres fougères enfoncées de frontières,
Mers amères noircies d'or noir alguant l'honoraire,
Tiédeur grandissante et lépreuse fonte des glaces,
Tumeur céleste infectant les cieux,
Guerre des croix au viol des dieux,
Enfant larme aux combats de ceux…
La race humaine rampe.

Les singes

Les Singes de mon quartier a dit le poète.
J'en fais partie mais qu'à moitié
Ils sont moustache et satisfaction aux insolents jardins du casino
Ils sont l'Antoine mauvais tuant Jaurès aux banquets gouvernants de chez la Montalent
Promènent leur culs et leurs bibles financières sur les remparts de nos lobotomies guerrières
Tango funèbre aux pendus héliotropes.
Mais c'est trop facile, grand Toi !
De croire en leur dernier repas
Car ces gens-là ne meurent pas et rejaillissent comme les flammes de l'ancien volcan
Au plus noir sanglot de l'homme nouveau, né d'une valse à mille ans.
Dites si c'était vrai ?
Si je n'étais pas tout seul, moi le Jef au cent petits mots
Si c'était vrai
Si …
Salut grand Jacques, je t'aimais bien
Mais…
C'est dur d'écrire en hiver…

Matin

Aux lisières liquoreuses des forêts,
Quelques noceurs morts rampent au matin évanescent leur fétide gueule de bois
Ils se disputent la fraîcheur des fantômes errant parmi les herbes liquides
Et cette course entre morts et fantômes semble un grand chiffon poussièré de craie
Secoué par une main divine au-dessus des arbres : dansent les brumes.
L'aube a froid et perle la rosée sur sa peau neuve.
Dans le parc, quelques rombières se lovent encore aux moustaches saoules
Des teneurs de fabriques et autres livides créanciers.
Je suis seul.
Deux libertins assaillent au buisson cacheur, cette callipyge coquine de comtesse.
Que faire ?
Me perdre au vent des églises ou prophétiser au ventre pourpre des bordels ?
Jeter au gazon pleuré ces deux gourdinards gominés et finir besogne en prince opiumé ?
Un aigle bleu perce les pâles galaxies et me fait signe,
Je le suis.

Marcher mondial

Aux linges noirs et misères se couvrent celui qui rentre
Le ciel se tord là où la petite ville s'enfonce
Besogne et mains sales ne retoucheront plus la machine
Errance aux larmes du vide, les familles attendent.
Derrière les grilles, le métal féroce d'une colère que personne n'écoute.
Celui qui rentre la tête pleine des cris des camarades se noie au silence des nouveaux mondes,
Apre cigarette et pas poussiéreux de ceux à qui on dit : dehors !
L'usine : décision stratégique des grands groupes concentrationnaires
Les trains quittent les rails menant à Buchenwald et se perdent aux rues, aux villes, aux pays
Celui qui rentre, enfermé aux dehors grisâtres des nouveaux plans sociaux
Prisonnier du vide, camisole impalpable
Qui décide ?
Monnaie.
Et toi l'Etat ?
Qui es-tu ?
Tu dis n'avoir pas le sou mais qui fabrique ces banques et ces bombes ?
Tout cet argent aux vents perdus de l'anonyme et du secret
Qui brûle de son blanc
Napalm les faiseurs de spectacles ?
Qui formate le cerveau de ma tribu asservie à la seule et unique culture médiatique
Que tu trames ça et là en chaque vomissure radiophonique ou télévisuelle ?
Subtile lobotomie d'un pale et lent endoctrinement
Gangrène rongeant les yeux, les oreilles, l'idée.
Je ne pense plus je bois,
Je bois ce que boit celle-ci, je bois ce que boit celui-là
J'ouvre mes pores, mes fentes et orifices pour mieux que tu empales ton angélus vulgaire
Peuple à genoux gavé d'inutile et d'uniforme se voit de jour en jour plus malléable à ton grand mensonge.
Celui qui rentre la tête pleine des cris des camarades s'effondre aux noirs propos de l'injure royale,
Mes enfants pleurent au bas de l'alcôve.

Ensorcelle

Sur les cryptogrammes de la lande noire
Le vent pleure à la peau des herbes folles
L'orage roule en farandoles Il gronde ses colères
Et fait danser les ombres par-delà les arbres squelettes.
Derrière les crécelles des fantômes
Les vierges fuient
Les noirs chevaux s'avancent
Sur de sombres refrains de tonnerre
A la salive évanescente et brûlée des brumes
Se dessine la silhouette de celui qu'il faut pendre
Son cheval saigne sous ses capes de fer noir.
L'Abbé d'un autre ciel, messie d'une autre croix
Le fleuve connaît ses milles visages d'écorces brûlées
Le fleuve sait son âme saignante à la force barbare de son épée
Et le fleuve crache les cris rampant des têtes coupées
Qui resurgissent et flottent parfois aux chaleurs des lunes blanches
Le fleuve. Là-bas le cri des campagnes ivres et la démence des enfants
L'écho de l'humaine race qui saigne à la poussière des rues
La mort caresse ses linges enflés par le vent
Je sais la tuerie qui approche
La tuerie qui saigne déjà celui qui revivra
Celui qui ne meurt pas
La lune perce de ses griffes les volets de bois
Une chaleur glaciale embrasse dans mon corps
Les plaies qui noient le noir chevalier
Je sais maintenant l'amour
L'amour n'es pas celui qu'on chante aux lyres festoyantes
L'amour se boit en nectar de sang bleu.